Ep #10 : Les signes d’une relation amoureuse toxique – Conseils de [La FAQ Psy]

Ep #10 : Les signes d’une relation amoureuse toxique – Conseils de [La FAQ Psy]

Cet article sera un peu plus long que d’habitude alors si vous en avez la possibilité prenez-vous un petit thé, café ou un verre de vin avec un apéro pendant l’écoute de ce sujet riche et intense. Pour ma part, je serai plus coca rouge avec un tartare saumon avocat (et la sauce salée c’est important !), mais bon je ne peux pas écrire et manger en même temps alors faites vous plaisir pour moi ! 😉

Je propose à Delphine (nom d’emprunt qu’elle a choisi) de me suggérer une question pour mon prochain épisode de podcast. La voici : “Comment on fait pour reconnaître une relation toxique ?” Elle m’accorde toute sa confiance pour que je retranscrive librement et sans tabous le contenu de notre échange. Je précise à nouveau que cette lecture ne fait pas office de vérité absolue ni exhaustive mais elle vous donnera tout de même certaines compréhensions et clés de réflexion à adapter à vos propres situations !

⚠️ La lecture de ce sujet n’est pas faite pour tous les publics car il relate une relation amoureuse où la violence est omniprésente (violence physique, déviances sexuelles et état suicidaire). Je vous laisse donc le soin de savoir si vous pouvez lire cet article en entier ou si vous préférez sauter le début et aller directement en fin d’écriture, à l’avant-dernière sous-partie : “Relation toxique: les signaux d’alerte”. ⚠️

Écoutez l’Épisode de podcast : 🎙️ Ep #10 : Les signes d’une relation amoureuse toxique – Conseils de [La FAQ Psy]

1. L’histoire de Delphine

Une relation amour-haine

Je lui demande de me donner un ou plusieurs exemples de situations vécues qui sont à l’origine de cette question, voici celle qui ressort :

Il s’agit d’un ex avec qui je suis retournée plusieurs fois, sur 8 ans, et avec plusieurs coupures. C’était un amour très fort ressenti dès le départ, on s’aimait à la folie au début mais après il m’a énormément rabaissé. C’était comme s’il lui faisait ressentir que lui était fort et qu’elle ne servait à rien. Il y avait beaucoup de disputes, cela devenait physique, on se tapait dessus ou on faisait l’amour très brutalement. J’en souffrais et je ne savais pas comment sortir de là mais j’y retournais les deux pieds joints dedans”.

J’explore donc avec elle cette situation en lui posant plusieurs questions de plus en plus précises au fur et à mesure de notre échange. Voici le résumé de ce qu’elle me partage :  

Je restais par “amour inconditionnel” malgré les blessures physiques et mentales, j’étais folle amoureuse de lui et lui fou amoureux de moi. Dès qu’on n’était plus ensemble, il buvait et faisait des conneries. Par exemple, un jour j’ai appris qu’il avait foncé dans une barrière avec sa moto. Dès qu’on était en rupture, il passait son temps à vouloir me récupérer. Il voulait prouver qu’il m’aimait “à en mourir”. Avec lui, je me sentais redevable. C’est mon premier amour, on a créé un lien psychique mais aussi physique. On avait une forte attirance sexuelle. Après avoir couché ensemble on se sentait mal mais en même temps on appréciait ce moment. J’adorais ce côté sauvage dans le feu de l’action, ça m’excitait même si je sais que ce n’est pas normal de ressentir ça. Je ressentais sa folie, ça me faisait peur et mal mais j’en voulais plus quand même ; je sais que même des fois je créais des disputes pour rien juste pour avoir ce type de sexe, même moi je me dis que j’ai l’air d’une folle en disant ça. Car il y avait des coups au visage entre nous et du au sexe violent avec de la sodomie ou un acte sexuel sans préliminaires avec étranglement ; il me disait de me laisser faire, puis il faisait comme s’il ne s’était rien passé. On savait que ce n’était pas sain, qu’il ne fallait pas le faire mais en même temps on le faisait. Je me sentais heureuse et malheureuse, les deux en même temps. Je me sentais à la fois coincée et en même temps libre par rapport à ses problèmes avec ses parents parce que pour moi c’était pire que d’être dans une relation amoureuse même si j’ai encore des doutes qu’elle ait été toxique. Je préférais remplacer une relation par une autre car c’était moins douloureux. 

J’ai eu autant de moments hauts que bas, des moments magiques comme quand elle je suis tombée enceinte. On était vraiment collés avec mon copain, comme des âmes-sœurs, mais au moindre petit problème je vivais un retour à la réalité, on se disputait pour un oui ou un non. Ça dégénérait physiquement au point que j’avais peur de lui et lui avait peur de ses propres réactions. On s’éloignait quand ça dégénérait et on se remettait ensemble. Il me disait : “par pitié pardonne-moi”. J’ai mis fin à notre relation à 5 mois et demi quand j’ai perdu le bébé, j’ai eu le déclic que je devais arrêter cette relation car la peur était beaucoup plus grande que l’amour que je ressentais.

Eh oui, dans le cabinet du psy on entend aussi ce genre d’histoires et même quand on pense être un cas isolé, malheureusement, il y a plus de gens qui vivent la même chose que ce que l’on croit. En tant que psy on a donc la responsabilité de pouvoir accueillir à minima ce genre de discours, sans répression émotionnelle VS empathie incontrôlée, chercher à dédramatiser ou au contraire à nier la souffrance de l’autre. On a tous des limites sur ce que l’on est capable d’accueillir mais il faut pouvoir rester suffisamment professionnel pour être à minima dans une écoute bienveillante et active et réorienter le patient si on ne se sent pas capable de le prendre en charge, sans pour autant lui dire de se débrouiller sans explications (c’est mon avis).

C’est quoi l’amour inconditionnel ?

Un mot qui m’a interpellé dans ce qu’elle m’a dit est “l’amour inconditionnel”. Est-ce vraiment tout accepter de l’autre car “malgré lui” il nous fait souffrir ? A-t-on des repères sains concernant la définition de l’amour romantique et l’amour inconditionnel ? Aimer inconditionnellement quelqu’un est-ce vraiment s’abandonner pour l’autre ? Quitte à se mettre en danger ou à participer à une situation où on a peur et où on perd en estime de soi-même ?

Si on prend l’exemple du parent qui éduque son enfant aujourd’hui et qui est noyé dans de la psychologie positive à l’extrême qui enseigne qu’aimer inconditionnellement son enfant c’est respecter ses désirs et ses envies, lui éviter toute frustration, écouter et entendre sa parole, quitte à lui donner l’autorité de sa propre vie. Pourtant, la responsabilité de l’adulte est d’aider l’enfant à se construire, le guider en lui apportant des repères rassurants parce qu’il est encore immature tant émotionnellement que psychologiquement. Aimer inconditionnellement son enfant n’est-ce pas justement lui renvoyer, par des paroles ou des actes, le message suivant : “c’est bien parce que je t’aime profondément, que je me soucie de ta construction et de ta vie à venir, que je t’apprends que dans la vie il y a des limites. Je veux t’apprendre qu’il y a des règles pour vivre et être heureux ensemble dans cette société. Car, là où la liberté de l’un commence, s’arrête celle de l’autre. Je veux que tu sois capable de te confronter à la frustration, que tu puisses l’exprimer et que je t’apprenne à gérer tes émotions, pour que tu puisse être heureux et stable car la vie est faite d’imprévus”.

 

Je demande alors à Delphine : “Qu’est-ce qui faisait que dans cette relation il y avait selon elle de l’amour inconditionnel ?” 

Parce que j’avais l’impression qu’il me sauvait de ma famille, de la vie que j’avais avec elle. Il me sauvait d’un point de vue mental car ma famille me causait une souffrance qui me mettait en état suicidaire. Plusieurs fois il m’a empêché de le faire, je me suis alors sentie redevable. Je ne pouvais pas abandonner notre histoire pour un oui ou pour un non.

Dans son discours je repère une notion floue des limites. Delphine se sent menacée physiquement mais dit malgré tout ne pas vouloir quitter la relation pour “un oui ou un non”. On peut faire ici l’hypothèse d’une banalisation de la violence. En effet, il n’est pas rare que quand on grandit dans un certain environnement familial où on a dû évoluer avec une absence de limites “saines”, les repères posés sur ce qu’on pense être nos limites sont floues et on a un seuil de tolérance potentiellement très, voire trop, grand. On a appris qu’aimer c’était souffrir, aimer l’autre “pour de vrai” c’est supporter sa souffrance même dans le cas où il nous fait nous sentir malheureux et en insécurité émotionnelle, psychologique ou physique. La plupart du temps tout cela est inconscient voire semi-conscient, car si on s’autorise à en avoir vraiment conscience cela voudrait dire qu’on aurait aussi conscience que la violence verbale et physique est une limite à ne pas dépasser, donc qu’il faut poser une limite dans ces relations parentales. Mais qui suis-je pour dire que mes parents ont tort ? Ceux qui m’ont donné la vie et auprès de qui je me sens redevable ? En plus, si j’admet que cette violence et ce dénigrement subit par eux n’est pas normal, qu’est-ce qu’il me reste de cette relation essentielle dans ma vie ? Pour ma construction et ma survie physique et mentale ? Si eux ne m’acceptent et ne m’aiment pas comme je suis, qu’est-ce qu’il me reste ?

Je redemande une nouvelle fois à Delphine quelle est réellement sa question car dans son discours on sent bien qu’il y a une conscience d’une toxicité dans cette dynamique, alors que cherche-t-elle réellement à savoir en me demandant comment sait-on si une relation est toxique ? Elle me répond et u coup sa question apparaît plutôt ainsi : “Comment savoir si une relation est toxique AVANT de tomber là-dedans ? j’ai aussi envie d’aider les autres à ne pas tomber là-dedans”.

Le déclic et la décision de partir

Je demande aussi à delphine ce qui a créé ce fameux déclic qu’il était temps de partir de cette relation, quel était le lien entre la décision de rompre et la fausse couche qu’elle a vécu ?

Le bébé était comme un “miracle” car mon copain de l’époque avait été déclaré stérile, donc quand je suis tombée enceinte on s’est mis beaucoup de pression dedans. Quand j’ai perdu le bébé, il est devenu ultra froid, il voulait absolument faire l’amour pour refaire un bébé. Il n’a pas du tout pris en compte mon deuil. Il n’y avait que son besoin qui comptait, je me suis rendue compte que pour lui je n’avais pas le droit de souffrir ni d’être en deuil. Et ce qui a fait le déclic c’est qu’à ce moment-là j’étais majeur, j’avais des économies que je n’avais pas avant, j’étais indépendante, pouvait reprendre ses études et être hébergée chez sa grand-mère. Il m’a suppliée pendant des mois de rester avec lui mais quand il a vu que cela ne fonctionnait pas et que je ne réagissais pas comme lui, il s’est montré ultra violent.

Dans ce qu’explique Delphine, on comprend face à la perte du bébé, du fruit de cet amour qu’elle pensait inconditionnel, la réaction de son partenaire semble avoir induit une prise de conscience nouvelle. Pour amorcer un début de réponse à ce qui montre qu’une relation est toxique, il est bon de se demander : “comment repérer qu’une relation est toxique?” En effet, Delphine, actuellement enceinte, dit qu’elle veut pouvoir transmettre cette connaissance à son futur enfant pour le protéger ainsi qu’à son amie qui souffre actuellement d’une relation où il y a de la dépendance et beaucoup de souffrance. 

2. Une relation amoureuse toxique c’est quoi ?

La confusion entre amour et possession 

En bon psy qui se respecte, forcément je creuse encore la question ! Pour y répondre, j’ai besoin de plus d’éléments. Je lui demande ce qu’elle considérait auparavant comme de l’amour et qu’elle voit finalement comme des comportements toxiques. Delphine me répond : 

  • “Ne jamais laisser tout passer par amour”
  • “L’amour n’est pas une excuse à la violence ou au comportement irrespectueux”
  • “Nous sommes des personnes pas des objets ni même des trophées”
  • “Ne jamais laisser un comportement déviant se répéter”
  • “Un mec qui tape, il le refera… ne pas agir et rester dedans c’est limite du suicide” 
  • “Ne jamais laisser un comportement déviant se répéter, que ce soit “ça” ou même sur le plan physique” 

Une relation qui ne nous correspond pas est toujours source d’enseignements, même si c’est dans la douleur. C’est ce que nous montre indirectement Delphine. Finalement l’amour, qu’on le décrive inconditionnel ou pas et bien qu’on le définisse comme le fait d’aimer une personne avec ses qualités, de l’accepter et de l’aimer avec ses défauts, est-ce vraiment de l’amour lorsqu’on le vit sous forme d’emprise ?

La tendance actuelle voudrait qu’on saute sur l’occasion de dire “ah c’est de la dépendance affective !”. Il est assez rare que je l’emploie car je trouve qu’il s’agit aussi d’un mot un peu fourre-tout que l’on utilise un peu trop facilement et d’une manière parfois généralisée dans les relations amoureuses. La notion de dépendance est bien plus complexe et relève de causes très profondes qui touchent les croyances que chacun à sur lui-même concernant la relation à l’autre en général. Plutôt que de se demander s’il s’agit de dépendance affective, qui risquerait de figer une personne dans un auto-diagnostique culpabilisant et enfermant, il me semble qu’il serait plus juste de se demander, pourquoi restons-nous dans des relations qui menacent notre santé physique et mentale ? Quels sont les bénéfices secondaires qui nous font rester malgré l’intensité de la souffrance ?

Relation toxique : pourquoi on y reste ?

Delphine vit avec sa famille des moments de dénigrements auxquels elle m’explique ne rien dire car ne pas savoir comment y réagir bien qu’elle en souffre fortement au point de faire des tentatives de suicide. Cette relation, qu’elle vit entre ses 14 ans et ses 20 ans, semble la faire se sentir vivante tout en lui permettant de libérer une certaine violence déjà vécue dans une situation où elle en fait le choix.

Cette description de la situation me fait penser à l’histoire de Christian Grey dans 50 nuances de Grey qui a sublimé la maltraitance physique de son père à travers des activités sexuelles sado-maso avec une femme plus âgée que lui. Prendre du plaisir progressivement dans des relations sexuelles avec une femme où il y a de la douleur et en même temps des limites posées dans une forme de soutien mutuel (bien que pervers) serait comme une tentative pour se réapproprier cette souffrance. Se la réapproprier permet alors de ne plus la subir, de ne plus la laisser nous dépasser. C’est comme la tentative de reprendre un jour le contrôle sur une situation où on s’est senti complètement impuissant. On la répète pour aider à mieux contenir les émotions liées à un traumatisme vécu, en faire quelque chose d’autre, mais ici en reproduisant une relation où on dépasse des limites corporelles de l’autre et on en souffre.

Et il ne faut pas oublier aussi que l’on reproduit ce mode relationnel car c’est le seul que l’on connaît et/ou que l’on a intériorisé. Parfois c’est notre zone de confort, inconsciemment en sortir serait plus menaçant pour sa survie psychique que de découvrir un autre mode, même s’il est plus sain. Car on n’a pas de repère, on ne sait pas ce que plus sain veut réellement dire au fond de nous et pense-t-on vraiment le mériter ? Passer le pas de découvrir un autre mode relationnel peut faire peur car il représente l’inconnu, on ne sait pas ce que l’on va y trouver ni à quelle sauce on va être mangé ! “Et si c’était pire ?” 

Pourtant, il arrive que l’on prenne conscience de la dangerosité d’une relation seulement après plusieurs mois ou années. Dans la situation de Delphine, on pourrait penser qu’on a cherché à troquer un état suicidaire pour un autre. Dans la relation avec son copain, il la soutenait et l’empêchait de concrétiser ses passages à l’acte mais dans le même temps se montrait violent par phases. Elle n’était donc plus active du risque suicidaire ce qui a probablement soulagé pendant un temps l’impression de bcp moins souffrir qu’avec ses parents. Après le décès du bébé, Delphine dit avoir pris conscience qu’ “un mec qui tape, il le refera… ne pas agir et rester dedans c’est limite du suicide”. Sans creuser le pourquoi du comment ici, ce moment l’a probablement aidée à conscientiser qu’en acceptant cette relation et en l’entretenant, elle était finalement actrice dans le fait de se faire du mal à elle-même. Ce qui, une fois conscientisé, est devenu inacceptable.

Un réel Instagram illustre bien la prise de conscience de la répétition dans les relations amoureuses, je vous invite à le regarder avant de lire la suite : https://www.instagram.com/p/C3Cr6k_CDxW/

Relation toxique : les signaux d’alerte

Il y a parfois des relations où on réactive les pires côtés de l’autre malgré soi. Face à ça, soit on arrive à évoluer ensemble, soit on se détruit. Alors, où est la limite ? Les pistes sont parfois brouillées par des “et si ça s’était passé différemment”, “et si ce n’était pas juste un problème de timing?”. Rien ne peut dire que cela ne pourrait pas se reproduire, surtout si finalement on a appris que cette relation était toxique, sans en comprendre profondément les leçons de pourquoi c’était toxique. Et comment ça aurait pu être si ça avait été sain, dans cette situation spécifique.

Finalement, comment sait-on que c’est toxique ? J’ai tendance à penser qu’on a besoin de repères sains pour comprendre et repérer quand c’est toxique. Si on baigne dans le toxique et que cela fait partie de ce qu’on a toujours connu, ai-je réellement la capacité de comprendre ce qui est sain pour moi ? Donc plutôt que de retracer tous les comportements toxiques et inimaginables, je vous invite à vous concentrer sur ce qui est sain. Car en faisant ça, on s’oblige à se focaliser sur soi plutôt que sur l’autre. Cela permet de passer de “il a été comme ci ou comme ça” en cherchant à qui ou à quoi la faute, à “j’avais besoin de ça”. On s’oblige à se regarder en face et à apprendre de soi-même, cette part de soi qui n’a encore jamais trouvé sa place dans les relations affectives. Cette part de soi qui connait ses limites et ses besoins, les ressources qu’elle peut mobiliser face à un événement fort en face d’elle et jusqu’où elle peut “laisser faire” avant de “dire stop”. Si l’on ne s’accorde pas une place légitime dans cette histoire, une place de “responsable” (et non de coupable) et qu’on se concentre essentiellement sur l’autre et ses actes en se demandant si ce n’est pas un pervers narcissique par exemple, on n’y arrivera pas. Ce qui est “toxique” pour une personne ne l’est pas toujours pour une autre !

Quels sont les 8 signaux d’alerte d’une relation toxique ?

  • Ma vie s’est dégradée depuis que je fréquente cette personne (évaluer l’impact de cette personne sur toutes les sphères de votre vie : professionnelle, amicale, familiale, sexuelle, santé, hobbies…).
  • Je ressens des émotions négatives que je ne ressentais pas avant/ que je n’avais pas ressenties depuis longtemps (peur, honte, dévalorisation, haine/rage, angoisse incontrôlée).
  • Si vous vous dites ces deux phrases : “je ne me reconnais plus”, “j’ai l’impression d’être la pire version de moi-même”).
  • La perte de liberté de décision sur sa vie, ses projets et soi-même jusqu’à son corps et son apparence physique.
  • La violence qu’elle soit physique ou verbale, les menaces et les chantages affectifs.
  • Les paroles dénigrantes et insultantes au sujet de ce qui vous définit dans votre personnalité ou vos besoins.
  • Le non respect de vos limites que cela soit volontaire ou non.
  • Je sens que j’adapte qui je suis, ma personnalité, mon identité en faveur des besoins l’autre, au point où parfois je ne sais plus qui je suis. J’ai l’impression de disparaître dans l’autre, à la fois ça m’angoisse et en même temps disparaître peut me faire du bien surtout si je souffre d’être qui je suis.

Comment clarifier si la relation est toxique avec une personne et comment l’éviter : 

  • En utilisant une communication non violente (CNV) ouverte et affirmée (je ne peux attendre que l’autre devine mes pensées, besoins et limites, cela relève de ma propre responsabilité de me connaître suffisamment pour savoir me positionner et m’expliquer).
  • Etre capable de donner ce qu’on a besoin de recevoir d’une manière saine (oui je peux être toxique pour l’autre sans le vouloir et déclencher une dynamique néfaste pour tous les deux).
  • En vérifiant dans une discussion ouverte que les limites et besoins de l’un sont compatibles et n’impactent pas ceux de l’autre.

3. Une relation amoureuse saine c’est quoi ?

Comment je sais que c’est sain pour moi ?

On peut mettre en place 3 actions pour répondre à cette question : 

  • On apprend de soi, on cherche à comprendre son identité (qui on est et qui on veut être)
  • On travaille sur soi pour découvrir ses failles et ce qui est fragile en soi 
  • On analyse quel quel genre de comportement peut nous faire perdre notre équilibre émotionnel et psychologique afin de mieux comprendre ce qui ne nous convient pas

Qu’est-ce qu’une relation saine ?

J’évalue ma relation en me demandant si je peux répondre positivement à ces affirmations : 

  • Est-ce que je me sens autorisée (par l’autre) à être moi-même sans risque de souffrir (avec mes failles, mes émotions négatives, mon avis personnel, ma pleine personnalité).
  • Est-ce que je me sens soutenue quand mes fragilités se révèlent.
  • Cette relation ne m’a jamais fait ressentir de la peur d’être violenté physiquement ou psychiquement.
  • Je ne me sens pas forcée dans cette relation, je me sens libre d’y être à mon rythme.
  • Je ressens une réciprocité et je me sens à ma place, chacun est satisfait de la place qu’il a dans le couple.
  • Cette relation m’aide à évoluer positivement, à me renforcer dans ma vie et à mieux me comprendre moi-même, plutôt que de me tirer vers le bas et me faire perdre mon estime de moi-même.
  • Je me sens fière d’être dans cette relation, plutôt que de ressentir de la culpabilité et de la honte de vivre ce que je vis.
  • Je conserve la même identité et personnalité face à cette personne.

Il peut bien sûr y avoir des signaux d’alerte, mais si vous ne connaissez pas vos “green flag”, vous ne pouvez pas savoir si votre souffrance provient de vous, du comportement de l’autre vis-à-vis de vous, ou si vous entretenez cela à deux.

Avec tous ces éléments on comprend mieux pourquoi cela ne suffit pas de prendre conscience qu’une situation est toxique pour savoir comment repérer une relation toxique pour éviter de s’y embourber. Si l’on n’a pas compris pourquoi elle a été toxique pour nous, ce que cela est venu bafouer de nos limites et de nos besoins, ce qui dans cette relation nous empêchant de développer des ressources bénéfiques et saines pour nous, on ne peut pas trouver les clés pour réagir en notre faveur si cela se répète. Avoir ces clés, dont certaines sont universelles et certaines sont singulières, c’est ça qui permet de savoir ce qui est toxique pour nous et/ou, pour toute autre personne. C’est ça qui permet de s’extirper de relations dites “toxiques” et de faire le point : Qu’ai-je entretenu malgré moi dans cette relation de souffrance à deux ? Qu’est-ce que j’ai laissé faire ? Si je n’arrive pas à me positionner autrement, qu’est-ce qu’il y a en moi (une croyance, un conditionnement comportemental…) qui fait que je me “laisse faire” et que je répète ce schéma malgré moi ?Encore une fois, il me semble qu’on peut répondre à ces questions surtout quand on a des repères de ce qui est sain pour nous et qu’on a pris conscience des limites dans ce qu’on peut accepter de l’autre.

Ce qui peut aider ? Analysez la différence entre les relations (même s’il n’y en a qu’une, qu’elle soit dans le travail, la famille, auprès des amis, une connaissance peu importe) autour de vous dans lesquelles vous vous sentez en paix, à votre place, respectés et aimés pour ce que vous êtes. Qu’est-ce qu’il y a en trop ou en moins comparé à cette relation que vous ressentez toxique ? Prenez ces bonnes expériences comme des points de repère. Parfois ce sont aussi les expériences relationnelles positives des autres qui nous montrent l’exemple. Une question qui peut être importante de se poser est aussi : est-ce que je me dis que c’est possible pour moi, que je mérite ou que je suis légitime de vivre la même chose ? Parfois on peut le bloquer inconsciemment dans sa vie car on se dit que ce n’est pas pour nous, surtout si on a eu une éducation où on s’est fait insulter, rabaisser, si on a vécu du désamour et que nos premières figures d’autorité et d’identification (notre père et notre mère) nous on dit que notre existence n’était pas légitime et qu’on avait pas de valeur ou qu’on méritait de souffrir. 

Si on s’arrête deux minutes sur la question, comment sait-on que le temps est moche et déprimant si on n’a vu que ça dans sa vie ? Si on prend l’exemple de ce film où les émotions et les couleurs sont absentes – je ne me souviens plus de son nom – la souffrance n’existe pas car tout est neutre, la joie n’existe pas non plus) ? N’est-ce pas parce qu’on a déjà vu le soleil et ressenti sa chaleur et la joie qu’elle peut procurer ? N’est-ce pas parce que les couleurs de la vie sont différentes que l’on perçoit cette différence ? N’est-ce pas le fait d’être face à un comportement qui nous fait ressentir de la douleur, et ce sentiment de bien-être que l’on ressent face à un autre, que l’on comprend ce qui est bon ou mauvais pour nous ? D’ailleurs, certains vont également adorer le froid et la pluie, et détester la chaleur et la lumière vive du soleil . 

En matière de relation c’est pareil, ce qui est toxique pour une personne, ne l’est pas forcément pour une autre…

Conclusion

L’histoire de Delphine nous donne des éléments concrets et vivants pour explorer cette question de “comment reconnaître une relation toxique ?” Pourquoi veut-on trouver des réponses ? Car on ne veut plus retomber dedans et on aimerait que nos proches ou nos enfants ne subissent pas le même sort. Il est important de prendre en compte qu’une relation, même jugée toxique, est source d’un enseignement extrêmement riche pour nous apprendre quels sont nos besoins, limites et ressources qui ont été bafoués dans cette histoire. Il est important d’analyser le comportement de l’autre, certes, mais il l’est d’autant plus de faire un retour sur soi-même en se regardant d’un point de vue extérieur. Si on n’arrive pas à le faire seul, on peut solliciter un thérapeute.

Quels comportements j’ai adoptés, ou je n’ai pas adoptés, qui ont favorisé cette relation ? Pourquoi suis-je restée ? Le but n’est pas de culpabiliser en se sentant coupable, mais de reprendre une certaine responsabilité car oui, il est possible de reprendre son pouvoir en main même face à la plus horrible des situations. Comment fait-on ? Dans cet article je vous propose de : mettre en place 3 actions précises dans votre relation, explorer les 8 affirmations significatives d’une relation toxique et voir si vous pouvez répondre par l’affirmative aux différents points relatifs au vécu d’une relation saine, peut vous aider à faire le point et à analyser votre propre situation. Mais surtout, n’oubliez jamais que ce n’est pas parce qu’une relation est toxique que la personne est forcément perverse narcissique ; ou on parvient à avancer à deux, à évoluer à deux, ou on se tire vers le bas continuellement et à ce moment-là il faut voir si on arrête ou non cette relation. On peut, tout un chacun, appuyer sur les pires côtés de l’autre, et on peut aussi, soi-même, être toxique pour une autre personne. Même sans le vouloir…

N’hésitez pas à commenter cet article et/ou écouter sa version audio (dont le contenu peut légèrement différer) pour me partager ce que mon travail vous apporte et participer à l’amélioration de mes contenus 😉

Ep #9 – “Quel psy pour mon trouble de la concentration ?” – [La FAQ Psy] vous répond !

Ep #9 – “Quel psy pour mon trouble de la concentration ?” – [La FAQ Psy] vous répond !

Le sujet du jour porte sur mon échange avec une personne qui, à ce moment-là, est en train d’écouter l’épisode “Ep #1 – C’est quoi un psy ?” de mon Podcast sur Spotify. Cette découverte lui fait penser à des questionnements personnels qu’elle a concernant son travail personnel et sa prise en charge psychologique. Nous entamons une discussion très intéressante, au sujet de la prise en charge des troubles de la concentration qui, je pense, pouvait intéresser d’autres personnes. Cela me donne l’idée d’en faire un épisode et je le propose à cette personne qui accepte que je communique le contenu de notre échange !

Avant de commencer cet épisode, je vous invite à regarder short de timth_c, un prof sur Instagram qui raconte l’anecdote avec cette élève qui se dit nulle en calcul mental et que c’est trop chiant. Vous verrez pourquoi ! 😉

Écoutez l’Épisode de podcast : Ep #9 – “Quel psy pour mon trouble de la concentration ?” – [La FAQ Psy] vous répond !

“Quel type de psy me faut-il pour mon trouble de la concentration ?”

“Je ne sais pas si ma psy actuelle peut m’aider avec ça, car on travaille déjà sur d’autres choses et je ne sais pas si sa spécialité peut traiter ce problème précis. Est-ce qu’il me faut par exemple un psychiatre ou un psychologue ? Est-ce que le psychiatre va préconiser plutôt un traitement avec des médicaments et le psychologue va plutôt apaiser la souffrance de la personne c’est ça ? Je me demande s’il existe une sorte de thérapie qui traite les problèmes liés au trouble de la concentration… Car j’ai ce problème depuis tout petit, j’ai du mal à bien suivre et me concentrer longtemps”.

Après qu’il m’ait posé cette question, j’échange avec lui, le questionne à mon tour pour mieux cerner son besoin et le vécu de son trouble. Car un trouble de la concentration peut-être lié à plusieurs choses, peut être la conséquence d’émotions (par exemple en lien avec de l’anxiété ou une dépression), de défenses psychologiques (en lien avec un trouble bipolaire) et/ou d’un trouble neurologique ou cognitif (et là on serait pourrait être dans un déficit de l’attention). Il m’explique qu’aujourd’hui il voit de bonnes améliorations car il a travaillé dessus personnellement. Il a vécu des prises de conscience sur ce problème mais à présent il aimerait travailler dessus en détail car de ce qu’il me dit “cela peut être handicapant par moments”. C’était un problème à l’école pour lui car c’était dur de rester concentré et de s’intéresser aux cours sur la durée. Il me dit qu’il arrive à faire l’effort aujourd’hui, “et encore…”, en gros ce n’est pas super optimal. 

Le trouble de la concentration est diagnostiqué pendant l’enfance. J’ai donc creusé la question de sa prise en charge étant enfant. Sans rentrer dans les détails, cette personne en a effectivement eu une mais nous avons eu un bref échange. Sans faire une séance de psychologie où on explore vraiment tout cela, il m’a manqué certains détails importants notamment, est-ce qu’il y a eu vraiment un diagnostic établi par le psychiatre, est-ce qu’il s’agissait d’un réel déficit cognitif au niveau de ses capacités attentionnelles une fois adulte.

Avec ce niveau de connaissance et de par ma spécialisation en psychanalyse essentiellement, je me concentre sur ce que moi je pourrais lui apporter, c’est pourquoi j’approfondis les questions dans ce sens. Je l’informe tout de même que dans les pratiques des TCC il existe notamment ce qu’on appelle la remédiation cognitive qui est beaucoup utilisée pour ce genre de troubles. Il s’agit d’exercices pratiques effectués avec le psychologue qui permettent de stimuler, de renforcer certaines capacités cognitives et de développer des stratégies d’adaptation pour améliorer les capacités d’attention et de concentration. En effet, je connais un peu car lors de mes formations j’ai participé à l’accompagnement des enfants et adolescents dans des groupes à visée thérapeutique, mais aussi au domicile d’une famille auprès d’une enfant au CP qui présentait un trouble envahissant du développement. J’ai observé que même s’il y a un diagnostic précoce qui est posé, au-delà du trouble cognitif il y a l’aspect affectif, relationnel et émotionnel qu’il est TOUJOURS important de prendre en compte ! Les enfants sont capables d’une plasticité cérébrale (c’est-à-dire une capacité d’évoluer) parfois impressionnante, en étant pris en charge ils peuvent faire de sacré bonds en avant sur le plan de leur développement psychologique. Il est important de comprendre ce qui, dans la relation avec les autres, notamment avec ses parents, semble favoriser le fait que l’enfant n’arrive pas à gérer ses émotions ou à rester concentré sur une tâche sans vivre un moment d’excitation intense qui le rend agressif. Progressivement avec l’âge, cette plasticité cérébrale diminue (tiens ça donne une autre idée de sujet d’épisode… 😉).

Creuser l’aspect émotionnel et relationnel pour aller au-delà du trouble cognitif 

Je prends donc en compte l’aspect relationnel et social autour de ce trouble, comme on est amené à le faire dans le cadre d’une psychothérapie, et lui demande donc plus d’informations sur ce vécu de ne pas réussir à s’intéresser aux choses qu’on lui raconte. Car, s’intéresser à quelque chose et se concentrer sur quelque sont deux actions différentes ! Il y a là une question : est-ce que j’ai envie de me concentrer sur cette tâche. Il me répond qu’il a du mal à “focus son cerveau à 100% sur des explications ou une discussion pendant longtemps”. C’est à ce moment-là qu’il me demande plus précisément s’il y a des “thérapies qui traitent ce problème précisément ou pas ?” un peu comme quand on tape sur internet son trouble et qu’on demande à Google de nous dire quelle est la thérapie la plus adaptée pour traiter rapidement et efficacement notre problème.

Cependant, pour être sûre d’avoir accès à suffisamment d’éléments pour bien comprendre sa situation, je lui pose des questions car je ne réduis pas son vécu de la difficulté à se concentrer  forcément à un trouble neurologique qui peut être soigné par des médicaments ou des exercices comportementaux. De plus, l’objectif n’est pas de proposer UNE solution miracle comme si le mot clé “trouble de la concentration” suffisait pour apporter toutes les réponses même si c’est marketing et attractif face au grand public, il faut être réaliste et considérer la sensibilité et la singularité d’une personne. Nous ne sommes pas des machines où il suffirait de détecter quelle pièce fait défaut au système et laquelle il faut jeter et changer. Un petit peu comme je l’ai abordé dans la partie 2 de l’épisode 6 quand je me référais à ce webinaire du neurologue et de son collaborateur thérapeute en psycho corporel, en thérapie c’est la relation qui prime sur la technique car la méthode n’est rien sans la personne qui l’administre et le lien de confiance qu’elle est capable d’instaurer avec son patient ! 

En plus, vous n’êtes pas forcément au courant mais aujourd’hui, et depuis les années 70, nous vivons dans la course à la standardisation des symptômes. C’est-à-dire à dire qu’on est immergé dans cette propension à vouloir quantifier les symptômes par des tests effectués de plus en plus rapidement, en perdant l’évaluation de la parole et de la singularité de la personne, donc en perdant du qualitatif dans l’évaluation. Et qui perd du qualitatif dans l’évaluation, en perd également dans la prise en charge ! Dans les années 80 cette tendance à standardiser est devenue de plus en plus forte. On généralise le traitement de certains symptômes, une hyper utilisation des tests psychométriques pour établir des diagnostics sans avoir à effectuer des entretiens cliniques pour évaluer le fonctionnement de la personne aussi par l’analyse de son discours et avoir des éléments subjectifs et uniques sur cette personne, sa vie, son ressenti, ses émotions, soit son vécu de sa situation. Une standardisation excessive a vu le jour au détriment de l’individualité et de la diversité des patients impactant la qualité des soins et des évaluations psychologiques. Cette dynamique a eu de nombreuses conséquences, notamment l’augmentation des départs des psychologues et autres professions de l’hôpital et d’autres structures de soin pluridisciplinaires, pour travailler en libéral. Car même si l’on est d’orientation TCC et qu’on aime utiliser des tests psychométriques, il devient inacceptable de ne plus pouvoir faire de qualitatif et donc de ne plus pouvoir considérer l’humain dans un métier de l’humain !

Si vous avez des témoignages à transmettre à ce sujet, contactez-moi !

Pour rappel, c’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que je cherche à obtenir plus d’informations sur ce symptôme qui a semble-t-il déjà fait l’objet de diagnostic pendant l’enfance avec prise en charge par un psychologue et par un psychiatre. Cependant, je manque d’éléments sur ces points car il semble qu’il y ait eu des blancs dans la communication sur le pourquoi du comment de sa prise en charge par un psychiatre.

Je reprends donc l’échange avec cette personne qui me partage l’impression que part son manque de concentration dans une discussion, il est arrivé qu’on lui renvoie qu’elle manque d’intérêt pour ce qu’on lui raconte, mais elle me dit que “c’est juste que j’ai du mal à suivre”. Par exemple, quand il y a beaucoup d’explications en cours ou en réunion et qui durent longtemps, c’est difficile de rester focus. “Au bout d’un moment le cerveau a envie de se barrer ailleurs, mais bon il y a aussi certains points qui ne m’intéressaient pas. J’ai du mal à me concentrer la plupart du temps. Mais c’est vrai que des fois on a souvent tendance à avoir du mal à avoir de l’enthousiasme pour ce qu’on me raconte (exemple, manque d’intérêt pour les questions politiques ou actualités sur les guerres par exemple). J’ai l’impression de prendre ça trop à la légère, alors que d’autres personnes auraient plus réagit. Il y aurait peut-être un travail plus approfondi à faire, avec un psy si c’est aussi son métier ou pas 🤔”.

Une chose est sûre là-dedans, sans rencontrer un psychologue en séance qui pourra réellement approfondir cet échange, obtenir des informations concrètes sur les prises en charges et évaluations qu’il a déjà eues, comme le fait le psychologue qui l’accompagne déjà, on ne peut pas proposer une solution miracle et unique. D’autant plus, qu’en général pour ce type de trouble on met en place des prises en charges pluridisciplinaires. On vérifie le fonctionnement neurologique et cognitif avec un neurologue ou un neuropsychologue, le psychologue clinicien peut également effectuer des tests pour évaluer l’aspect cognitif, et en psychothérapie on évalue l’impact sur les émotions, relations, la profession, la vie sociale, familiale (etc.) pour évaluer l’ampleur de l’impact de cet éventuel trouble dans l’intégralité de la vie de la personne et dans son quotidien. Ce trouble de la concentration est-il une cause ou une conséquence du mal-être de la personne ? Pouvoir répondre à toutes ces questions est essentiel pour savoir quelles prises en charges mettre en place pour chaque individu qui, en apparence, vivrait la “même chose”. 

“Je n’arrive pas à rester concentré” : pourquoi est-ce une obligation ?

Il y en a peut-être qui se demandent encore pourquoi j’ai voulu faire un lien avec le short instagram de ce prof. Eh bien justement, on y est !

Une chose qui a particulièrement attiré mon attention dans mon échange avec la personne du jour, c’est quand elle m’a dit que finalement discuter de certains sujets ne l’intéressait pas vraiment et qu’il y avait un côté où elle se forçait. Par contre il y aurait bien certains moment où sans raison apparente et face à un sujet qui lui plaît, son attention se relâche. Comment pourrait-on expliquer cela ?

On va reprendre l’exemple de la réunion. Les réunions aujourd’hui ont aussi été impactées par cette course à la standardisation. Comment ? Auparavant investies comme des espaces d’échanges vivants, à présent elles sont souvent le lieu de transition où on peut enfin se voir, parce qu’on a passé son temps à courir, pour déballer toutes les tâches qu’on a faites ou qu’il reste à faire. On y parle des problèmes, on y trouve d’ailleurs pas forcément de solution sur le moment, parce qu’on n’a pas le temps ! Personnellement, les espaces où j’ai eu le plus souvent envie de dormir au travail, c’était pendant les réunions. Si vous faites partie des personnes qui ressentent les ambiances et les émotions des autres et qu’en réunion vous vous surprenez à vous sentir anxieux, endormi au point de devoir vous pincer pour rester éveillés, lever un peu le nez et regardez autour de vous. Si 7 personnes sur 10 sont en train de regarder ailleurs, regarder leurs pieds ou leur feuille posée sur la table, il n’y a plus de mystère. De ce que j’ai pu observer et discuter autour de moi, les temps de réunion ont beaucoup perdu de leur substance. Bravo à ceux qui ont encore cette volonté de prendre le temps de cultiver des vrais échanges, constructifs et humains, en les préservant de l’envahissement de l’administratif. De plus, parfois on aborde un problème en surface alors qu’on pense l’avoir discuté en profondeur. Ce n’est pas une critique car il arrive qu’on l’on ait des œillères collectives et qu’on soit persuadés que tout va bien. C’est comme ça que l’on arrive à se protéger, pendant un temps, par le débordement de l’administration au détriment de l’humain. Attention aux conséquences sur votre santé mentale. On pourra justement parler une autre fois du danger du burn-out, de comment en reconnaître le risque et le prévenir.

L’autre impact de la standardisation est de ce fait de l’oubli que les autres, le relationnel, les gens autour de nous, ont un effet sur notre fonctionnement et sur notre état émotionnel. Ca paraît incroyable de le dire comme ça, mais c’est la réalité d’aujourd’hui. et il y a la question : pourquoi je tiens tant à rester concentré ? Quel est mon enjeu dans cette situation spécifique, avec cette personne précise ? Est-ce que ce sujet m’intéresse vraiment ? Si non, pourquoi je tiens tant à me forcer ? C’est quand même casse-couille non ?

Je lui pose alors la question, “mais est-ce que ces sujets de discussion sont vraiment intéressants ? Parce que parfois on se force alors que ça ne nous intéresse pas du tout !” Et là, la personne s’autorise à me dire son opinion sur le sujet récurrent de la politique (je ne donne pas tous les détails de son opinion pour conserver un certain anonymat et une pudeur pour sa singularité malgré tout). Elle me dit ressentir de l’agacement et de l’ennui face à cela. “Rien que d’en parler ça me saoule”. Se force pour essayer de suivre les sujets d’intérêts de ses collègues autour des débats politiques et opinion là-dessus. A contrario, il aime beaucoup lire des mangas. Il reconnaît que pour les autres c’est normal qu’on peut avoir du mal à suivre et pas tellement envie d’écouter quand le sujet n’intéresse pas. En tout cas, cela lui parle et lui fait écho. 

Pourquoi a-t-on cette difficulté à reconnaître que c’est normal pour les autres, mais pas pour soi ? Parce qu’on est souvent plus exigeants pour soi-même que pour les autres. Et, quand on a dépensé beauuuucouuup d’énergie pour accorder de l’intérêt aux intérêts des autres pendant touuuutees les journées de la semaine, par exemple au travail, est-ce qu’il nous reste vraiment encore tant d’énergie que ça pour accorder du temps et rester concentré sur des choses qui nous plaisent ?! La jauge est peut-être un peu vidée, en tout cas trop pour s’accorder du temps sur une tâche même si elle nous plaît. Ce n’est pas une généralité car on peut cumuler cet épuisement social ET un trouble cognitif. C’est pour cela que ce n’est pas l’algorithme de Google qui pourra vous donner une solution miracle que vous pourrez effectuer seul. S’informer sur internet reste très bien mais est à concevoir comme une première prise d’information pour étendre vos possibilités de prise en charge.

Reprenons l’exemple du short de ce prof, s’il n’avait pas été là en disant okay t’aimes pas le calcul mental, les énoncés te saoulent tu trouves ça trop chiant d’accord ! On a qu’à essayer avec les soldes ! t’aimes ça non, les soldes ? Eh bien, calcule-moi le pourcentage pour un vêtement avec 30% de réduction. L’élève démontre alors des capacités de calcul mental incroyablement rapides et justes. Pourquoi ? Parce que si on avait pas mis en jeu un sujet intéressant, stimulant pour la personne, un sujet où obtenir la solution de ce problème lui apporte une satisfaction (un peu comme dans le monde du travail), on n’aurait jamais pu percevoir ses capacités. C’est pour cela que les méthodes d’enseignement et d’évaluation aujourd’hui ne reflètent pas forcément l’intelligence d’une personne.

Et pour poursuivre cette réflexion, je vous invite à visionner le film français “Première année” que je trouve vraiment pertinent.

Conclusion

Connaître la bonne prise en charge pour son trouble de la concentration nécessite d’évaluer en premier lieu s’il s’agit bel et bien d’un trouble cognitif qui a une origine neurologique, auprès d’un neurologue et/ou d’un neuropsychologue, ou si ces difficultés à rester attentif sur une tâches ont une origine émotionnelle ou psychologique. Le trouble de la concentration est généralement diagnostiqué pendant l’enfance lorsque l’on remarque des difficultés d’apprentissage. On met alors en place, après évaluation, une prise en charge pluridisciplinaire avec un accompagnement psychothérapeutique avec un psychologue et un suivi par un psychiatre, à minima. A l’âge adulte, il me semble important de réévaluer ce trouble par des tests neurologiques et psychométriques, selon les prescriptions des professionnels rencontrés, et par le discours du patient sur son vécu au quotidien. L’objectif est d’évaluer s’il impacte la personne au quotidien, dans toutes les sphères de sa vie et sans raison apparente, ou s’il y a des contextes plus enclins que d’autres à générer ce trouble. 

Dans tous les cas, il ne faut pas négliger l’analyse de la vie affective et émotionnelle de la personne. C’est la subjectivité de la personne qui prime. D’ailleurs, en creusant le sujet dans la discussion avec la personne qui me pose cette question du jour, il y a une influence des relations sociales. Cela soulève un point qui est susceptible de nous toucher tous : pourquoi cherchons-nous tant à nous forcer de nous conformer aux centres d’intérêts des autres ou à “faire bonne figure”, au détriment de notre propre bien-être ? Faire cet effort tous les jours rend les échanges avec les autres épuisants et puise dans nos réserves d’énergie. Il est bon de réfléchir si ce trouble de la concentration est une cause ou une conséquence de notre mal-être. Adopte-t-on toujours les comportements qui sont bénéfiques pour nous ?

N’hésitez pas à commenter cet article et/ou écouter sa version audio (dont le contenu peut légèrement différer) pour me partager ce que mon travail vous apporte et participer à l’amélioration de mes contenus 😉

Ep #8 – [C’est Quoi un Psy] – Comment construire la confiance avec votre psy dès la première séance

Ep #8 – [C’est Quoi un Psy] – Comment construire la confiance avec votre psy dès la première séance

Pour clôturer ce premier jet de la trilogie autour de la première séance avec un psy, je souhaitais aborder avec vous comment on construit la confiance avec son psy. Car j’ai déjà eu des retours de personnes (bien avant d’être psy) qu’à la première séance (voire jusqu’à la deuxième ou la troisième) la personne “vide son sac”, est dans une décharge verbale et émotionnelle en étant face à un psy plutôt silencieux. C’est un exemple mais il est revenu assez souvent dans ce qu’on m’a raconté et je croise encore des gens qui m’en parlent. Et le résultat de cela, d’après ces personnes, bien que certaines se soient senties écoutées, elles n’ont pas bien cerné le travail du psychologue, son positionnement et ce qu’il pouvait leur apporter. Et, j’ai l’impression que cela résonne un peu comme un manque de sens sur l’objectif de la psychothérapie, comme s’il y avait un sentiment de solitude dans la relation thérapeutique. Pourtant, se mettre d’accord sur le cadre de la thérapie, s’il convient autant au psychologue qu’à la personne qui consulte pour la première fois, c’est essentiel. Reposer le cadre c’est aussi nécessaire quand on entame une nouvelle étape du travail même si c’est avec le même psy. La question principale abordée aujourd’hui est la suivante :

Quels sont donc les ingrédients nécessaires pour permettre le fait de s’exprimer en confiance et en sécurité avec son psy ?

Écoutez l’épisode de podcast : 🎙️ EP#8 – [C’est Quoi un Psy] – Comment construire la confiance avec votre psy dès la première séance

La rencontre : un premier pas pour tisser l’alliance thérapeutique

Pour se sentir en confiance avec son psy, ce qui me paraît primordial c’est d’abord se confronter à la rencontre avec lui car cela apparaît comme le premier pas pour construire l’alliance thérapeutique. Échanger avec un psychologue permet de découvrir la part vivante du travail du psy, comment il en parle au-delà d’une simple description classique avec un mot clé comme “thérapie psychanalytique” ou “thérapie TCC” :

Comment travaille le psy et quel est son cadre ? Comment il en parle, vous semble-t-il professionnel et organisé ? Vous pouvez poser vos questions, comme par exemple : c’est psy qui parle ? En face à face ou avec le divan ? Y a-t-il des exercices concrets à faire entre les séances ? Est-ce une thérapie par la parole, l’art, le corps, la relaxation etc ? Thérapie courte, moyenne ou longue en termes de durée ?

Vous avez un aperçu des réponses à ces questions souvent à travers son site internet, sa page google ou bien son Doctolib par exemple. Mais pour ressentir si ce cadre thérapeutique vous convient, il est nécessaire de rencontrer le psychologue. Vous pouvez passer en premier par un contact téléphonique, mail, sms si vous avez accès à ses coordonnées. Vous pouvez également prendre rendez-vous directement avec lui, à ce sujet il n’y a pas de règle absolue, à vous de voir dans quelle modalité de première prise de contact vous vous sentez le plus à l’aise.

Vous avez ainsi la possibilité de s’exprimer, voir comment est le psy dans les échanges, comment il accueille notre parole. Expérimenter la rencontre avec un nouveau psy pour voir si on le sent authentique, digne de confiance, dans une bienveillance sincère, s’il fait preuve d’empathie lorsque vous exprimez des choses difficiles pour vous ou comment il réagit si vous exprimez une plainte ou si vous pleurez par exemple, si l’on se sent accepté tel que l’on se montre ou si le comportement du psychologue vous donne l’impression de reproduire un comportement douloureux pour vous. Être rassuré sur le fait que les séances sont bien confidentielles et anonymes dans le sens où le psychologue a ce devoir à ne jamais divulguer d’informations personnelles vous concernant, sans votre accord, sauf dans le cadre de secret partagé entre les différents professionnels qui vous prennent en charge si tel est le cas.

En somme, avoir l’opportunité de découvrir ses propres capacités de contenance émotionnelle et s’il est capable de cette fameuse neutralité bienveillante (non-jugement et maîtrise de ses projections), vous sentirez le degré de savoir et de compréhension du psychologue. Est-ce quelqu’un à qui vous pouvez prêter un savoir plus grand que le vôtre ou non ? Il faut que le transfert puisse s’établir, que la relation thérapeutique vous touche aussi suffisamment pour que vous investissez votre psychologue comme une personne qui peut vous apporter quelque chose. Si vous essayez à plusieurs reprises et que vous sentez un blocage en vous à ce niveau-là, cela peut venir de votre vécu et comment vous vous êtes construits et protégés par rapport à lui. Commencer à partager votre expérience de vie avec un nouveau psy pourrait être un tremplin pour comprendre pourquoi vous “n’accrochez pas” et permettre un changement.

Au-delà de la clarification de sa manière de travailler, comment fait le psychologue ? Il se demande parfois même sans s’en rendre compte “qu’est-ce que je pourrais faire ou dire pour que cette personne se sente plus à l’aise et libre de s’exprimer?” qui relève de sa capacité à ressentir la personne pour s’adapter au besoin qu’il cerne sur le moment. Et parfois il arrive que l’on accueille une personne en séance et qu’on réponde mal à cette question, qu’on tape à côté ou bien qu’on ressente qu’on n’y arrive pas. Ça arrive. 

C’est quoi l’alliance thérapeutique ?

Je voudrais faire un petit aparté sur cette fameuse alliance thérapeutique avant de passer au deuxième point sur la question de comment on construit la confiance avec son psy. Il me semblait important de définir cette notion d’alliance thérapeutique. 

J’ai trouvé un article qui n’est pas si long que ça, certes avec des concepts théoriques, mais je vous invite à le lire ou à le parcourir car même s’il y a des passages que vous ne comprenez pas il y a des phrases assez intéressantes. Il y a des passages qui montrent à quel point le positionnement, l’éthique, le relationnel du psy sont réfléchis, travaillés et qu’ils ne sont pas dus au hasard. Cet article vous intéressera si vous avez déjà rencontré des difficultés en séance avec un psy, si vous cherchez à répondre à des questionnements que vous avez eu et même si vous n’avez pas rencontré de difficultés particulières ! Car je trouve que c’est un texte qui amène à réfléchir.

Lien article de référence : Vasconcellos-Bernstein, D. (2013). Instaurer l’alliance thérapeutique. Le Journal des psychologues, 310, 25-28.

L’alliance thérapeutique est entendue comme la gestion de la relation asymétrique entre le psychologue, qui détient un savoir, et le patient, qui est en recherche de ce savoir et en questionnement. C’est cette gestion de la relation thérapeutique qui va cadrer et stabiliser le processus thérapeutique qui est ce moment transitionnel qui est entre le moment de la première rencontre avec le psy, et le désir de la compréhension de soi de la personne qui consulte, l’amenant à la résolution de ses conflits internes, de sa souffrance, à la trouvaille de ses propres clés et au fait de révolutionner sa vie.

Créer une alliance thérapeutique est une action intentionnelle du psychologue, en gérant cette relation asymétrique et en proposant une relation de qualité. Il sait qu’il détient un certain savoir mais son objectif est de rendre son patient autonome. Une alliance thérapeutique bien installée permet donc que patient et thérapeute regardent dans la même direction, avec confiance et coopération mutuelle.

Etablir les objectifs de la thérapie pour instaurer une collaboration thérapeutique

Afin d’être certains qu’on est sur la même longueur d’onde il est important de verbaliser l’engagement de chacun et la place et le rôle de chacun dans cet accompagnement. C’est-à-dire, s’accorder sur le sens commun de pourquoi on est là et établir un objectif à la relation thérapeutique. Comme dans toute relation on a besoin de savoir ce qu’on fait là, qu’elle soit amicale, familiale ou amoureuse. D’ailleurs, c’est comme une danse. Eh oui, si on prend l’exemple du tango, et si on connait un peu comment elle se danse, imaginons que la femme essaie de mener la danse comme l’homme… à ce moment-là on va plus être dans un combat de catch que dans du tango ! Eh bien la relation thérapeutique c’est un peu pareil !

En tant que patient on peut se demander : est-ce que je sais déjà ce dont j’ai besoin ? Notamment s’il y a un point précis que je sais qu’il m’handicape au quotidien et que j’ai un désir fort de le changer, même si je ne sais pas pourquoi je suis comme ça et/ou je me sens comme ça ! Ou bien, ai-je besoin de faire un tour sur ma vie sentimentale, professionnelle, amicale et relationnelle ou autre d’abord ? Afin de voir comment se positionne mon psy, à chaque séance avant de me sentir en capacité d’exprimer et/ou de conscientiser ce que je veux travailler en priorité, s’il y a plusieurs choses que vous souhaitez travailler. De plus, pouvoir faire le tour de tout cela avec son psy permettrait d’expérimenter son positionnement et sa manière de travailler, donc de sentir ce qu’il vous apporte en fonction des différentes situations de vie exprimées. En faire le tour donne des éléments à votre psy pour mieux vous connaître et vous comprendre, et il pourrait même trouver des liens entre des situations qui vous paraissent aujourd’hui éparpillées et déstabilisantes. Le psy peut vous aider à faire ce travail de tri et de compréhension de vous-mêmes

Ainsi, la question est de savoir ce qu’on fait là, ensemble, et ce que vous vous voulez faire là. Encore une fois, si ce n’est pas encore clair pour vous, ne vous culpabilisez pas. N’oubliez pas que même quand on sait exactement ce dont on a besoin, il y a toujours des parts inconscientes de nous qui demandent à remonter à la surface et que votre demande peut évoluer. 

Le plus important est d’établir un cadre solide ensemble. Car plus un cadre est clair, bien délimité, plus il est sécurisant pour vous et plus il favorise un accompagnement de qualité. Le plus insoupçonné de cet échange est de favoriser l’amorce de votre introspection ainsi que votre engagement dans votre travail personnel pour mieux connaître vos limites, besoins et ressources. Et, même si vous avez l’impression qu’aujourd’hui faire ce travail c’est comme vouloir gravir le Mont Everest sans aucune préparation, n’oubliez pas que vous n’êtes pas seul. Ça tombe bien, c’est justement le job de votre psy 😀

Conclusion

En résumé, on peut dire qu’avoir des objectifs communs et clairs pour la thérapie pour bien collaborer ensemble permet de réduire l’anxiété en lien avec le fait de consulter un psy et de ne pas s’avoir à quoi s’attendre, et donc de se sentir suffisamment en sécurité en séance pour faire confiance à son psy. C’est grâce à l’instauration d’une relation thérapeutique de qualité dans laquelle il y a une coopération, qu’on assure une base solide à l’alliance thérapeutique entendue comme la collaboration entre le psy et le patient, teintée de confiance mutuelle, pour accomplir les objectifs fixés. Cela permet de favoriser le rôle de contenance du cadre thérapeutique pour explorer son vécu douloureux. Car plus le cadre possède des limites claires, plus il est possible de se saisir des résistances face à la thérapie (qui ne sont pas si rares) comme des leviers thérapeutiques pour vous aider à avancer par l’analyse de ce qu’elles viennent nous apprendre de vos peurs et ressentis internes. On parlera des résistances à la thérapie dans un prochain article ! 😉

N’hésitez pas à commenter cet article et/ou écouter sa version audio (dont le contenu peut légèrement différer) pour me partager ce que mon travail vous apporte et participer à l’amélioration de mes contenus 😉

Ep #7 – [C’est Quoi un Psy] – La première séance : les 4 questions que pose le psychologue

Ep #7 – [C’est Quoi un Psy] – La première séance : les 4 questions que pose le psychologue

Aujourd’hui, dans la série [C’est Quoi un Psy], après avoir abordé les 4 questions les plus posées par les personnes avant de consulter un psychologue pour la première fois, on va aborder les 4 grandes questions, les 4 grands axes explorés par le psychologue lors de la première consultation :

1 – Avez-vous déjà consulté un psychologue ?

2 – Qu’est-ce qui vous amène à consulter aujourd’hui ?

3 – Comment avez-vous géré ces problèmes jusqu’à maintenant ?

4 – Quelles sont vos attentes par rapport à cette thérapie ?

Écoutez l’épisode de podcast : 🎙️ EP#7 – [C’est Quoi un Psy] – La première séance : les 4 questions que pose le psychologue

Préambule : le premier contact avec un psy avant la première séance

Avant de discuter autour de ces questions, je pense qu’il est important d’évoquer aussi le premier échange avec un psychologue car là, son déroulement dépendra du contexte et du lieu dans lequel vous le rencontrez. La toute première prise de contact ne correspond pas forcément à la première séance, par contre certaines de ces questions peuvent, ou non, être posées pendant le tout premier échange. Là encore, cela dépend de la manière de procéder du psychologue et du lieu où il travaille. Par exemple, si vous le rencontrez dans un CMP, au préalable vous aurez rencontré au préalable le médecin psychiatre, avec lequel vous échangez pour définir votre parcours de prise en charge, car le CMP est composé de différents professionnels de santé et médico-sociaux. Ce ne sera donc pas le psychologue qui fera l’échange préalable à la première prise de rendez-vous. Par contre, si c’est avec lui que vous échangez pour la première fois, et admettons qu’il travaille en libéral, il se pourrait que vous échangiez par téléphone ou bien par mail, ou que vous preniez carrément directement rendez-vous en ligne sur la plateforme choisie.

Pour ma part, je m’autorise à poser ces 4 questions, à minima, lors du premier échange même s’il ne s’agit pas de la première séance. Et je vous explique mon cadre de travail après avoir échangé un peu. A contrario, lorsque je recevais des patients par téléphone sur une ligne d’écoute pour les salariés, je proposais en premier lieu de poser le cadre, d’expliquer ce que nous proposions avant d’aborder toute autre question. C’est une question de choix, l’important c’est que, que l’on choisisse de le faire de telle ou telle manière, cela ait été pensé en amont et ait du sens pour nous, et qu’on pense que cela en a aussi pour nos patients. Bien sûr, on travaille avec l’humain, donc le vivant, si nous avons une personne qui est très inquiète du cadre et de la manière de travailler avec le psychologue, si la personne l’exprime, c’est ce qui sera abordé en premier. Notez que dans tous les cas, le tout premier échange avec un psy, que cela soit avant la première consultation ou au moment du début de la prise en charge psychologique, ce moment est aussi fait pour que vous posiez vos questions. Car, comme pour un entretien d’embauche, on oublie qu’on a aussi à évaluer si ce qu’on nous propose nous convient !

Il n’y a pas forcément d’ordre à ces 4 questions. D’ailleurs, au-delà il y aura aussi l’importance de la discussion sur le cadre des séances ! Encore un mot qui peut paraître abstrait lorsque l’on est extérieur au domaine de la psychologie. Mais le petit secret c’est pourquoi on utilise des mots comme ça qu’on ne comprend pas ? Car quand ils sont bien compris et assimilés, ils nous permettent d’utiliser un terme au lieu d’avoir à faire deux ou trois phrases pour expliquer de quoi on parle ! Et en gros, quand on parle de cadre des entretiens de psychologie, on va parler de tout ce qui organise, délimite et cadre le temps et le déroulement des séances, donc leur fréquence, leur durée, le type de travail à effectuer ensemble et leur(s) objectif(s), leur tarif ainsi que certaines règles éthiques et de déontologie

Nous verrons tout ça dans l’Ep #8 le 25 Mars !

Notez que là encore, il n’y a pas de règle absolue. Je parle de 4 questions mais voyez les comme 4 grands axes principaux dans lesquels peuvent se décliner des sous questions en fonction de la personne, de l’échange qui a lieu et du style du psychologue rencontré. D’ailleurs, au-delà de la spécialité du psychologue, la manière d’aborder ces questions dépend également du lieu dans lequel vous le rencontrez : est-ce en libéral dans un cabinet indépendant ? Est-ce dans une association ? Un CMP ? Un hôpital ? Etc. Il est important de vous rappeler de quelle place je me situe lorsque je vous réponds car, la liberté que j’ai pour gérer le déroulement de mes entretiens, tous ne l’ont pas au sein de certaines institutions (encore un mot sorti du jargon de psy, quand on parle d’institution, sachez que cela veut dire : tout établissement public ou privé dans lequel est employé le psy et dans lequel vous êtes reçu, un hôpital et un CMP sont donc des institutions).

On termine maintenant ce préambule pour enfin attaquer ces 4 questions !!

1 – Avez-vous déjà consulté un psychologue ?

Personnellement, je précise en demandant : avez-vous déjà consulté un psychologue, un psychiatre ou un thérapeute ? Si oui, pourquoi avez-vous arrêté votre suivi ?

Ce n’est pas le cas de tous les psychologues, certains préfèrent même ne rien savoir de ce qui a été travaillé auparavant pour être sûrs d’accueillir la personne comme elle est à l’instant T et de s’approprier le travail psychothérapeutique à sa façon. Pour ma part, je trouve important d’accueillir cette expérience à travers la parole de la personne et de connaître le souvenir et le vécu qu’elle en garde. Tout simplement parce que je considère que poser la question peut aider une personne à dire au nouveau psy si elle s’est sentie en difficulté dans son ancien suivi, les avancées qu’elle a déjà faites ou non et donc de s’inscrire dans la continuité d’un travail personnel déjà commencé. Après, la personne en dit ce qu’elle veut. Si elle ne ressent pas le besoin d’en parler, cette question n’ira pas plus loin.

Demander si vous avez déjà consulté permet d’aborder votre expérience de la thérapie. Dans le cas de certains suivis, le travail effectué avec un précédent psychologue a pu être évoqué vers le milieu ou la fin de prise en charge. Par exemple, il est arrivé qu’une personne me dise qu’avec moi c’était différent, que l’on avait abordé des éléments plus précis, profonds ou qu’elle avait pu mettre en place des choses vraiment nouvelles grâce à notre travail ensemble. A ce moment-là, il me paraît important de ne pas venir entraver ou contredire le travail qui aurait été fait avec un confrère ou une consœur, d’abord pour ne pas déstabiliser la personne mais aussi pour valoriser ce travail et le fait que chaque personne est différente et que chacun a besoin d’étapes singulières dans son travail personnel et sa compréhension de soi-même. De plus, cela donne l’occasion d’encourager la personne si elle a aussi besoin de décharger une éventuelle déception ou remise en question de son avancée. Et si c’est judicieux, cela permet de mettre en relief le/les points qui sont intéressants à creuser et à continuer de travailler. Sinon, il n’est pas rare qu’une personne exprime dès la première séance qu’elle a rencontré des difficultés et été déçue de précédentes prises en charge.

Peut-être vous le constatez dans ma manière de discuter ce sujet, j’aime garder une certaine flexibilité en fonction des personnes rencontrées. Et pour avoir une flexibilité, quel que soit notre travail, il est important d’avoir en tête un cadre clair et de savoir le sens de ce que l’on fait, pourquoi on le fait. La souplesse est issue d’objectifs et de limites clairs et prédéfinis.

L’autre raison qui motiverait un psychologue à vous demander si vous avez déjà consulté un psy, ce serait pour obtenir plus d’informations sur vos « antécédents psychiatriques« , comme on le dit dans le milieu. Ça fait peut-être peur dit comme ça, mais c’est essentiel ! Cela lui permet d’évaluer si sa proposition de prise en charge peut vous convenir, si vous avez besoin d’être orienté et informé pour être suivi par un psychiatre, de savoir si vous êtes à jour dans vos traitements actuels ou si vous rencontrez des difficultés. Et cela permet aussi de commencer à aborder la deuxième question qui est la raison de votre venue et de votre désir d’amorcer un suivi de psychothérapie. Car, quand on parle de troubles psychiatriques, cela englobe la dépression, la bipolarité etc… Les partager avec le psychologue est très important pour une prise en charge de qualité.

2 – Qu’est-ce qui vous a amené(e) à me consulter ?

C’est dans cette question que vous êtes amenés à partager ce qui vous met en difficulté et/ou vous fait souffrir aujourd’hui. Vous aurez l’occasion de dire depuis quand vous ressentez ce mal-être et les situations qui selon vous provoquent cette souffrance. Le psychologue vous posera des questions en fonction de ce que vous exprimerez, il essaiera de savoir de quel type de souffrance il s’agit (émotionnelle, relationnelle, physique, psychologique etc.). Il essaiera d’évaluer s’il s’agit de quelque chose de chronique et qui se répète ou s’il s’agit d’un événement ponctuel dans votre vie. Avoir accès à votre ressenti l’aidera à sentir comment se positionner face à vous, à cerner votre besoin de prise en charge.

Donc (et j’en parle parce que j’ai vu passer cette question sur les réseaux) mentir ou omettre les éléments importants à votre psy, cela ne peut que vous desservir vous-même dans le sens où moins le psychologue a accès aux informations relatives à votre vécu, vos symptômes, moins il a d’ingrédients pour alimenter sa réflexion clinique qui nécessite que vous lui ouvriez suffisamment la porte. Rassurez-vous, ce que je vous dis là concerne l’ensemble de votre suivi psychologique, vous aurez le temps d’aborder tous ces éléments et de creuser au fur et à mesure tout cela. Après, comme je vous le disais, cela dépend du style du psy. Il est possible qu’il vous laisse ce temps, ou bien qu’il ait un style plus directif à la première séance et vous pose toutes les questions qu’il a sur sa grille d’anamnèse.

3 – Comment avez-vous géré ces problèmes jusqu’à aujourd’hui ?

Ensuite, le psychologue vous demandera ce qui vous a aidé à tenir depuis la survenue du problème que vous rencontrez. Avez-vous plutôt évité de penser à votre souffrance ? Faites-vous abstraction de vos émotions ? Augmentez-vous votre activité sportive, professionnelle ou vos sorties ? Par exemple.

Selon ce qui est évoqué, il n’est pas impossible qu’il vous demande si vous avez aussi eu et/ou augmenté votre consommation d’alcool, de tabac, voire de drogue(s), et si vous avez déjà eu des idées noires ou des pensées suicidaires en raison de ces problèmes que vous rencontrez, mais il me semble que tous les psychologues ne posent pas systématiquement ces questions (ce qui est bien dommage car je trouve que nous sommes sous-formés sur ces sujets). En effet, il y a un grand tabou, une difficulté à parler de la crise suicidaire. On a souvent peur qu’en posant la question de manière franche on induit cette idée chez les personnes qu’on prend en charge. Au contraire, il faut pouvoir poser ces questions franchement car sans ça, il est déjà très difficile pour une personne de se confier sur ce genre d’état-d’âme. 

Je vous ferai aussi un épisode de prévention et d’information sur l’état suicidaire, n’hésitez pas dès maintenant à partager vos questions pour m’aider à le préparer, que cela soit en commentaire, ou en prise de contact sur mon site ou par e-mail.


Outre le fait que cela permet d’avoir accès à ce que vous avez mis en place et qui ne semble pas fonctionner, riche de ses connaissances il pourra parmi toutes vos tentatives, avoir accès à vos ressources personnelles (intérieures et extérieures) et à celles que vous n’avez éventuellement pas encore mobilisé. Dans les ressources que l’on a, peut y avoir des ressources :

  • cognitives (considérez-vous que vous avez la capacité de trouver des solutions, de faire face aux problèmes ?)
  • émotionnelles (pensez-vous pouvoir encore agir sur votre vie ?)
  • sociales (avez-vous un réseau social et familial présent et développé ?)
  • vos actions (avez-vous mis en place des actions concrètes face à vos problèmes ?)

Tout cela va donc permettre au psychologue d’avoir déjà des pistes de diagnostic, de compréhension de votre souffrance, de vos ressources intérieures et extérieures, et aussi commencer à certains vos éventuels besoins (relationnels, émotionnels etc.) et vos limites qui ont été dépassées. Cet accueil de votre singularité l’aide à trouver le bon positionnement et la bonne méthode pour votre prise en charge. Et là il me semble qu’on voit assez bien qu’un psychologue ça ne fait pas qu’écouter, comme un ami ou un professionnel non formé à la prise en charge psychologique, le ferait.

4 – Quelles sont vos attentes par rapport à cette thérapie ?

Enfin, le quatrième grand axe abordé lors de la première rencontre avec un psy est l’attente ou l’objectif que vous avez en suivant une thérapie. Là encore, rassurez-vous, il n’est pas rare que vous n’ayez pas d’objectif clair et très défini quand vous venez pour la première fois. Cet objectif peut être vague, flou, vaste. Il peut alors nécessiter plusieurs séances pour réussir à le définir cependant il est nécessaire pour que vous vous sentiez engagé dans votre thérapie. Il informe le psy de la direction que vous souhaitez prendre et permet de poser le contrat implicite ou explicite d’un engagement mutuel dans ce travail.

Certaines prises en charge m’ont amenées à penser que cela n’est pas sans lien avec la difficulté que l’on rencontre parfois à cerner sa souffrance et à la comprendre. On a parfois l’impression de vivre une constellation d’événements qui nous mettent mal, des situations qui n’ont pas l’air d’avoir de lien entre elles, on a l’impression que la souffrance vient de tous les côtés, qu’elle est à la fois diffuse et en même omniprésente comme des sables mouvants dans lesquels on s’enfonce et desquels on ne sait pas comment ni par où sortir.

C’est le boulot de psy que de vous aider à faire le tri, à balayer ce qui a besoin de l’être, à en jeter à la poubelle, à en nettoyer et restaurer d’autres, avant tout travail de reconstruction et de création personnelle. On a parfois besoin par exemple de parler de ses problèmes familiaux, puis de ses problèmes professionnels, puis financiers, puis amoureux etc., non seulement pour évaluer ce que le psy peut nous en dire ou comment il peut nous aider face à cela, mais aussi pour faire le point soi-même en étant dans l’échange avec le psy. Car c’est ça aussi son travail de psy, c’est de vous aider à vous remettre à penser, à remettre en route votre créativité psychique, celle qui vous aide à relancer la machine pour vous adapter d’une autre manière face à vos problèmes et à créer de la nouveauté bénéfique dans votre vie.

Ca me fait d’ailleurs penser à cette belle phrase que m’avait dit une personne en fin de suivi : « C’est comme si j’étais dans une tempête et que vous aviez éclairci le ciel ».

Conclusion

Les 4 questions abordées et discutées aujourd’hui sont donc des axes à considérer comme des thèmes principaux questionnés par le psy lors de la première rencontre. Toutefois, ils ne sont pas abordés de la même manière selon la personne reçue, le psychologue qui reçoit ou sa spécialité. Certains tiennent des grilles d’anamnèse précises et explorent d’emblée l’ensemble des sphères de votre vie. D’autres, accueilleront davantage ce qui s’exprime et accorderons une attention particulière à ce qui ne s’exprime pas, ceci ayant aussi un sens. Bien sûr, le psychologue va décliner ces axes en sous-questions et va creuser de manière singulière en fonction de la personne accueillie. Pouvoir les aborder librement va aider à poser des bases de la relation et de l’alliance thérapeutique qui sont en train de se tisser avec le nouveau thérapeute. Au-delà de ces questions, parler du cadre des entretiens de psychologie est primordial et permettra de renforcer l’engagement de chacun dans ce nouveau travail personnel qui s’amorce !

Rendez-vous lundi 25 Mars l’Ep #8 pour découvrir le cadre de la psychothérapie, essentiel pour la confiance au sein de la thérapie !

N’hésitez pas à commenter cet article et/ou écouter sa version audio (dont le contenu peut légèrement différer) pour me partager ce que mon travail vous apporte et participer à l’amélioration de mes contenus 😉


Ep # 6 [C’est Quoi un Psy] – Les 4 questions les plus posées avant la première séance (partie 2)

Ep # 6 [C’est Quoi un Psy] – Les 4 questions les plus posées avant la première séance (partie 2)

Avant d’aborder avec vous comment se passe une première consultation avec un psy, je voulais vous partager ces questions que l’on m’a le plus souvent posées avant la première séance. J’en ai regroupées 4 principales car ce sont vraiment celles qui se retrouvent dans presque toutes les bouches et je pense qu’elles vous parleront. Dans cette deuxième partie, on aborde la question 3 et 4 !

Si vous n’avez pas encore écouté la première partie de l’Épisode #6, retrouvez-la ici !  

Écoutez l’épisode de podcast : 🎙️ EP#6 – [C’est Quoi un Psy] – Les 4 questions les plus posées avant la première séance (partie 2)

Question 3 : si je parle de mes problèmes ça va empirer mon état ?

1. La peur de perdre le contrôle et la culpabilité d’aller mieux

Rouvrir cette boîte mise de côté, où l’on a enfermé toutes ces choses qui nous font souffrir, peut faire peur. Le but initial était une mise à distance, un évitement, un refoulement de ce qui fait souffrir. Ce sont des stratégies de défenses qui peuvent fonctionner et qui soulagent, en apparence et au long court. La réouvrir est-ce que ce serait comme ouvrir la boîte de Pandore ?! Et puis, c’est des choses que l’on entend souvent socialement « oublie ça, n’y pense pas tu te tortures toi-même pour rien ». On peut entendre aussi cela dans notre éducation, de la part de nos parents. Ces injonctions et transmissions parentales peuvent provoquer un empêchement ou un interdit de penser et un interdit d’être et de se sentir vulnérables, d’avoir des fragilités. C’est comme s’il était anormal de vouloir réfléchir sur ces choses que l’on rumine ou de s’autoriser à ressentir des émotions « négatives ». Or, comment peut-on vraiment et définitivement faire évoluer une chose en la fuyant ou en s’enfermant dans le déni ?

On ne va pas mentir, s’y confronter demande du courage. On a peut-être aussi l’impression que c’est être maso de revivre sa souffrance car effectivement, votre cerveau ne fait pas la différence entre les émotions que vous réactivez par le souvenir d’un événement douloureux avec ce qui se passe concrètement dans la réalité. Donc revivre son souvenir c’est comme revivre l’événement traumatique autant de fois qu’on y pense. On peut aussi se dire que c’est s’enfermer dans un égocentrisme de ne parler que de soi en séance. Cela peut-être lié à une croyance apprise, celle de penser que je dois être là pour les autres et que de m’accorder du temps c’est égoïste. Quel risque ai-je à perdre de quitter cette place de celui qui tient pour les autres ? Les autres personnes de ma famille et de mon entourage ont-ils quelque chose à perdre si je m’occupe de moi-même ? Qu’ai-je peur de quitter ou de rencontrer en thérapie ?

Tant de questions que vous pourrez démêler avec le psychologue. Riche de ses connaissances et de sa sensibilité clinique, soit de ce qu’il ressent dans les échanges et de ce qu’il parvient à en interpréter, il veille à vous aider à avancer mais pas n’importe comment ! En fonction de comment il ressent votre état et de ce que vous lui partagez, il veillera à y aller suffisamment en douceur et à respecter votre rythme sans pour autant vous laisser tourner en rond et vous perdre dans des ruminations stériles. En tout cas, il tentera de vous guider pour vous aider à sortir de ce fonctionnement et à trouver d’autres manières de faire. Il y met un investissement professionnel et des efforts, mais gardez bien en tête que c’est votre engagement dans votre thérapie qui est garant de sa réussite !

2. Quelle est la thérapie la plus efficace ? La vérité qui dérange

Pour ajouter un élément de réponse supplémentaire à la 3ème question, j’aimerais vous partager brièvement mes réflexions et remarques concernant un webinaire auquel j’ai assisté la semaine dernière. Ce dernier était animé par un thérapeute et un neurologue spécialisés dans la prise en charge des phobies. Ces deux collaborateurs ont mis en relief l’importance de la mobilisation du corps pour le traitement des réactions émotionnelles incontrôlées dans les phobies. Ceci me paraissant en effet très pertinent dans le sens où ces réactions émotionnelles sont le signe de traumatismes non guéris. De plus, votre corps possède une mémoire et est capable d’exprimer et de libérer des choses qui dépassent votre conscience. Ils ont mis en avant l’efficacité de techniques psychocorporelles comme l’hypnose, la cohérence cardiaque et l’EFT en expliquant qu’à elles seules elles ne suffisent pas mais sans expliquer pourquoi. Ces techniques vous aident à traiter différemment l’information qui a fait traumatisme tout en apaisant l’angoisse et les émotions qui se rattachent à cet événement et se réactivent. Cependant, attention à ces discours sur les méthodes vendues comme des méthodes miracles et efficaces en une ou deux séances, la réalité est bien plus complexe que cela. Si vous avez un traumatisme complexe (qui est profondément ancré car issu de la répétition de plusieurs événements traumatisants dans votre vie), une ou deux séances ne suffiront pas.

Pour terminer sur cette question, rappelez-vous de l’information la plus importante : c’est la relation qui soigne. Pourquoi ? Parce qu’à l’origine d’une souffrance il y a eu un événement en lien avec la relation avec quelqu’un d’autre. Au-delà de la technique, c’est la relation qui soigne avant tout. Certains ont essayé de prouver en vain que les techniques TCC étaient plus efficaces que les autres ; par exemple la psychanalyse elle aussi est engagée dans les thérapies qui soignent par le corps, , alors qu’elle a été décrédibilisée dans ce webinaire en expliquant que passer par la parole n’est pas pertinent. Mais la vérité c’est que toutes les techniques thérapeutiques ont leur place, à partir du moment où elles relèvent d’une éthique et d’une base théorique solides et sérieuses. Celle qui vous convient, le thérapeute qui vous convient, dépend aussi et surtout de vous, de vos besoins et de votre singularité.

Question 4 : est-ce que le psy va me juger ou me trouver fou ?

1. L’éthique du psychologue : le non-jugement

Pourquoi pense-t-on cela du psychologue tout en sachant sur le papier qu’il dit proposer un espace d’échange bienveillant, neutre et sans jugement ? Simplement parce que l’on va projeter sur lui les vécus relationnels que l’on a déjà et que l’on a eu auparavant. On peut par exemple avoir vécu tout un tas de situations où l’on s’est senti jugé, parfois de façon répétée. en ayant cette peur dominante que cela ne se reproduise, il peut arriver que l’on projette cela dans nos relations, surtout dans les nouvelles rencontres. A ce moment-là, on peut se sentir jugé en interprétant le langage verbal ou non verbal, les mimiques d’une personne de manière erronée. C’est une chose que l’on peut justement travailler en thérapie. Le psy le sait et son rôle est justement d’accueillir vos projections. Choses qu’un ami pourra avoir du mal à faire.

De plus, on lui prête souvent un savoir tout puissant, comme s’il était mentaliste et capable d’établir un diagnostic en un clin d’œil juste en regardant votre visage ou en vous regardant dans les yeux. Alors certes on ne va pas mentir, plus on affine sa sensibilité clinique, d’autant plus si l’on a déjà une grande sensibilité, plus on va être capable de détecter certaines choses rapidement. Cependant, il ne peut deviner tous les détails de votre vécu, votre vie familiale, amicale, professionnelle, et encore moins comment vous le vivez, si vous ne prenez pas de temps d’échange ensemble pour les explorer. Votre parole a une importance. J’ai quand même entendu dire qu’il y avait des psy qui s’amusaient à faire des débuts d’analyse en deux minutes en parlant avec des connaissances en soirée et à leur proposer des séances de psychologie. Je tiens à vous dire que cela ne rentre pas dans les règles éthiques de la profession et vous encourage à remercier gentiment ces personnes-là et à les inviter à se faire superviser ou à leur rappeler que cela ne respecte pas votre intimité et votre besoin de passer une bonne soirée. Un psychologue qui respecte son rôle et sa profession ne se permettrait pas de faire intrusion dans votre vie privée.

Cependant, il peut arriver que l’on soit réellement jugé en thérapie… Eh oui nous ne sommes pas des robots et restons humains, les professionnels de santé et du soin ne font pas exception à cette règle. Dans tous les cas, écoutez-vous. Rien ne vous oblige à poursuivre cette relation thérapeutique si elle vous insécurise et augmente de manière significative votre souffrance. Toutefois, l’exprimer auprès de la personne pourrait avoir deux effets bénéfiques : lever un malentendu et renforcer l’alliance thérapeutique, ou au contraire, quitter cette relation en vous positionnant et en exprimant enfin votre vérité.

Pour vous informer davantage sur la question du diagnostic, je précise aussi que le psychiatre est celui qui établit des diagnostics permettant une prescription de médicaments. Le psychologue peut également en faire, notamment lorsqu’il a désiré se spécialiser, mais il vous accueille au-delà de cette “case” et ce n’est pas lui qui pourra vous dire quel médicament prendre. Il peut vous informer et vous orienter auprès d’un psychiatre ou d’un médecin généraliste dans un premier temps. A mon sens, son rôle est aussi de vous informer de ce que peut vous apporter en complément de son travail avec vous. Je vous ferai prochainement un épisode sur le premier rendez-vous avec un psychiatre et sur la peur de prendre des médicaments.

A ce sujet, si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous invite à écouter l’Ep #1 – C’est quoi un PSY ? Qui vous explique en quoi chaque profession de « psy » se distingue et se complète.

2.  “Voir un psy c’est être fou !”

Je me suis aussi longtemps demandée ce qu’il pouvait s’être passé d’un point de vue sociétal pour que la profession de psychologue soit autant source de projections et de peurs. En effet, il faut savoir qu’à l’origine, avant la psychanalyse (début 20e) et la psychologie (fin 19e) est née la psychiatrie en France (fin 18e).

Dans les premières années de sa création, les patients étaient placés dans des asiles psychiatriques à l’écart de la ville et souvent éloignés de leur famille, comme « coupés du monde extérieur » et de la société. On craignait la contamination de la population « saine », on avait peur de la « folie » des « fous ». D’ailleurs, l’église a été la première à s’en occuper. Nous possédons cet héritage qui n’est pas sans conséquences, surtout que les états psychiatriques de l’époques étaient différents d’aujourd’hui, les symptômes étaient d’après les dires dans les écrits, beaucoup plus impressionnants et on opposait les gens « normaux » inscrits dans la société aux « anormaux ».

Au moment de la seconde guerre mondiale, les médecins ont déserté les asiles pour aider les blessés de guerre, laissant mourir de faim les patients présents. Ce moment a marqué un tournant majeur car dans certains hôpitaux on a laissé les patients travailler pour survivre et on a constaté de leur capacité, en temps de crise, à mobiliser des capacités inexprimés jusqu’alors. C’est à ce moment-là qu’on a vu la capacité du travail à soutenir la santé mentale, apportant alors la possibilité aux « malades mentaux » (comme on l’entendait beaucoup) de nouvelles perspectives pour faire partie de la société. C’est alors Jean Delay qui a initié la réforme de 1957 pour organiser la psychiatrie en secteurs, permettant ainsi aux patients de se réinscrire dans la société et d’être hospitalisés plus proches de leurs familles.

Les choses sont très différentes aujourd’hui mais on en a toujours peur. Notre société, fonctionnement social et notre culture ont une influence sur la perception du métier de psychologue. Peut-être a-t-on reçu une transmission des générations précédentes que le risque d’être fou entraînerait le risque d’être lynché et écarté de la société, de se retrouver seul et isolé, d’être montré du doigt. N’oublions pas que l’homme a peur de ce qu’il ne comprend pas. A-t-on peur de la folie de l’autre ou de la folie que l’on peut avoir en nous-mêmes. Pour se construire, l’homme a appris en premier par l’imitation. Si l’autre a une part de folie, je peux donc en avoir une… Est-ce que du coup ces choses que je ne comprends pas en moi, c’est de la folie ? Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? La folie c’est pas perdre le contrôle ? Ai-je donc peur d’être fou ou bien de perdre le contrôle, dans le fond ? Se sentir étranger à soi-même, n’est-ce pas cela une des plus grandes souffrances que l’on peut ressentir ?

Conclusion

Consulter un psychologue peut faire peur car instinctivement on se dit qu’il est plus cohérent de conserver le fonctionnement que l’on a maintenu à bout de bras et qui nous a aidé à tenir pendant longtemps. mais voilà, le problème c’est qu’aujourd’hui le barrage commence à craquer et arrivera le moment où il ne suffira plus et finira par céder. On le voit venir, mais on y reste. Pourquoi ? Parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a derrière et si l’on arrivera à faire autrement. Parfois même, on peut inconsciemment résister à aller mieux parce que d’une manière ou d’une autre cela entretient une place sociale, familiale dans notre vie qu’on n’est pas prêts à lâcher. On peut alors culpabiliser de vouloir aller mieux car il y a d’autres enjeux dont on n’a pas forcément conscience en ayant la tête dans le guidon et en essayant de se gérer seul. Souvent, on entend que pour traiter tel ou tel problème, il y a des thérapies meilleures que d’autres. Or, on n’a jamais réussi à prouver qu’au-delà des techniques utilisées c’est bien la relation qui soigne, et c’est une vérité qui dérange.

Dans ce qui peut empêcher de consulter un psy, il y a aussi la peur du jugement de l’autre et cette représentation sociale et sociétale du métier de psy : “voir un psy c’est être fou”. Parfois, si on a vécu des situations de jugement à répétition, on peut en venir à projeter sur les autres des mauvaises intentions alors qu’il s’agit d’un quiproquo. Il peut arriver qu’un professionnel nous juge, à ce moment-là à nous de nous positionner face à lui et d’exprimer notre vérité. Rien ne nous oblige à continuer de le consulter et cela pourrait beaucoup mieux se passer avec un autre. Enfin, je me suis longtemps posée la question de ce qui, d’un point de vue du vécu de notre société et de notre culture en France, pouvait avoir instauré cette représentation. C’est en en apprenant davantage sur l’histoire de la psychiatrie en France – mais surtout en revenant dessus après-coup – que je fais l’hypothèse aujourd’hui de son influence sur notre société contemporaine. Elle a été la première à poser ses pierres et a longtemps été dominante dans la prise en charge de certains troubles.

N’hésitez pas à commenter cet article et/ou écouter sa version audio (dont le contenu peut légèrement différer) pour me partager ce que mon travail vous apporte et participer à l’amélioration de mes contenus. 😉